En rupture conventionnelle, vos congés payés non pris ne sont jamais perdus, mais vous avez rarement un vrai choix libre entre les prendre et vous les faire payer : cela dépend surtout de la date de fin de contrat fixée dans la convention et du temps disponible avant cette date pour les poser réellement. Si vous voulez partir au plus vite, notamment pour démarrer un nouveau poste ou ouvrir vos droits au chômage plus tôt, mieux vaut fixer une date de fin proche et vous faire verser une indemnité compensatrice de congés payés avec votre solde de tout compte, plutôt que de rallonger votre présence dans l’entreprise pour les poser. Si rien ne presse, les prendre effectivement prolonge votre statut de salarié jusqu’à la fin du congé, avec le maintien de vos avantages (mutuelle, tickets restaurant) pendant cette période. Financièrement, l’indemnité compensatrice peut même s’avérer légèrement plus avantageuse qu’une simple prise de congés, car elle est calculée selon la méthode la plus favorable entre le dixième de votre rémunération brute annuelle et le maintien de salaire, un calcul qui ne s’applique pas à des jours de congés pris normalement.
Infos à retenir
- ⚖️ Un accord mutuel obligatoire pour poser ses jours : ni le salarié ni l’employeur ne peuvent imposer la prise de congés pendant la période de rupture.
- ⏳ Le différé d’indemnisation systématique de France Travail : se faire payer ses congés décale le point de départ de l’ARE du nombre exact de jours indemnisés.
- 💶 Une indemnité compensatrice soumise aux charges et à l’impôt : contrairement à l’indemnité légale de rupture, les congés payés sont imposables comme du salaire.
- 🗓️ La neutralisation du préavis : la rupture conventionnelle n’étant pas assortie d’un préavis légal, poser des congés ne décale pas la date de fin de contrat convenue.
Prendre ses congés ou se les faire payer : analyse comparative des deux options
Le choix entre poser ses congés avant le départ ou percevoir l’indemnité compensatrice dépend de vos projets immédiats (recherche d’emploi, nouveau contrat ou création d’entreprise).
Le tableau ci-dessous confronte les impacts concrets de chaque formule sur votre rémunération, vos droits sociaux et votre calendrier d’indemnisation :
| Critère d’arbitrage | Option 1 : Poser ses congés avant la fin du contrat | Option 2 : Se faire payer ses congés (Indemnité compensatrice) |
|---|---|---|
| Versement financier immédiat | Maintien du salaire mensuel ordinaire jusqu’au dernier jour du contrat. | 🥇 Versement d’une somme nette importante sur le reçu pour solde de tout compte. |
| Délai de carence France Travail (ARE) | 🥇 Aucun différé de congés payés : ouverture des droits après le délai d’attente légal de 7 jours. | 🔴 Carence reportée : différé égal au montant de l’indemnité divisé par le salaire journalier de référence (SJR). |
| Acquisition de nouveaux droits sociaux | Poursuite de l’accumulation de congés payés et de trimestres de retraite pendant les congés. | Fin d’acquisition des droits dès le dernier jour travaillé. |
| Fiscalité et prélèvements sociaux | Cotisations sociales salariales standard et prélèvement à la source répartis sur les mois de paie. | Soumis à cotisations et à l’impôt sur le revenu sur un seul mois, risquant de gonfler le taux d’imposition. |
Si vous prévoyez d’enchaîner directement sur un nouveau contrat de travail (CDI ou CDD) sans passer par la case chômage, l’option de se faire payer ses congés est toujours gagnante financièrement : vous encaissez votre indemnité compensatrice tout en percevant dès le lendemain votre nouveau salaire sans subir de carence administrative.
L’analyse d’un juriste en droit social
« Beaucoup de salariés pensent gagner de l’argent en se faisant payer 30 jours de congés payés avant de s’inscrire à France Travail. C’est une illusion d’optique : l’organisme décale le versement de vos allocations d’exactement 30 jours. Vous financez simplement votre propre mois d’inactivité avec votre solde de tout compte au lieu de toucher l’ARE dès la fin du délai d’attente de 7 jours. »
Comment France Travail calcule-t-il le différé d’indemnisation lié aux congés payés ?
Lorsque votre employeur vous verse une indemnité compensatrice de congés payés sur votre solde de tout compte, France Travail applique un report automatique sur le versement de l’Allocation d’aide au Retour à l’Emploi (ARE).
Ce mécanisme de carence est régi par le règlement d’assurance chômage :
- Le délai d’attente incompressible de 7 jours s’applique systématiquement à toute première ouverture ou réadmission de droits, quelle que soit votre situation.
- Le différé « congés payés » s’ajoute à ce délai de 7 jours. Il se calcule selon une formule stricte : le montant total brut de l’indemnité compensatrice de congés payés perçue est divisé par votre Salaire Journalier de Référence (SJR).
- Le résultat donne un nombre de jours calendaires de différé pendant lesquels vous ne touchez aucune allocation, l’organisme considérant que vous disposez des ressources nécessaires pour vivre durant cette période.
Contrairement au différé d’indemnisation spécifique lié aux indemnités supra-légales de rupture (qui est plafonné à 150 jours), le différé de congés payés ne protège aucune épargne : il consomme vos liquidités au centime près avant de déclencher l’ARE.

L’employeur peut-il imposer ou refuser la prise de congés pendant la rupture ?
La période comprise entre la signature de la convention de rupture et la date de fin effective du contrat est souvent source de malentendus entre les deux parties.
Sur le plan légal, la rupture conventionnelle ne comporte aucun préavis au sens du Code du travail :
- Si des congés payés ont été posés et validés par l’employeur avant la signature de la rupture, les dates doivent être respectées. Les jours de vacances se déroulent normalement et ne décalent pas la date de fin de contrat convenue dans le formulaire Cerfa.
- Si le salarié souhaite poser des congés restants après la signature de la convention, l’employeur est en droit de refuser pour des impératifs d’organisation de service ou pour assurer la transmission des dossiers.
- À l’inverse, l’employeur ne peut en aucun cas contraindre le salarié à solder ses congés pour alléger le montant du chèque de solde de tout compte. Tout accord de départ en congés durant cette période exige le consentement écrit et mutuel des deux signataires.
En l’absence d’accord formel entre l’employeur et le salarié, le collaborateur continue de travailler jusqu’au dernier jour et l’entreprise liquide l’intégralité des jours restants sous forme d’indemnité compensatrice sur le bulletin de paie final.
Comment est calculée l’indemnité compensatrice de congés payés sur le solde de tout compte ?
Le calcul de l’indemnité due par l’employeur obéit au principe légal de faveur stipulé à l’article L. 3141-24 du Code du travail.
Le service paie doit obligatoirement comparer deux méthodes de calcul et retenir le montant le plus avantageux pour le salarié :
- La règle du dixième (1/10e) : l’indemnité est égale à un dixième de la rémunération brute totale perçue par le salarié au cours de la période de référence d’acquisition des congés (primes, heures supplémentaires et commissions incluses).
- La règle du maintien de salaire : l’indemnité est égale au montant du salaire net que l’employé aurait perçu s’il avait continué de travailler pendant la période de congés correspondante, sur la base de son horaire de travail habituel.
Cette somme s’applique aux congés payés acquis non pris de l’année précédente (N-1) ainsi qu’aux congés en cours d’acquisition (N) jusqu’à la date de rupture définitive du contrat de travail.
Quel impact fiscal et social sur l’indemnité compensatrice ?
Contrairement à l’indemnité spécifique de rupture conventionnelle qui bénéficie d’une exonération fiscale et sociale dans les limites légales, l’indemnité compensatrice de congés payés a la nature juridique d’un salaire.
À ce titre, elle subit de plein fouet l’intégralité des prélèvements obligatoires : cotisations de sécurité sociale, CSG/CRDS et cotisations de retraite complémentaire, réduisant le montant brut d’environ 20 à 23 % pour les salariés du secteur privé. De plus, la somme nette perçue s’ajoute directement à votre revenu imposable de l’année en cours : elle subit le prélèvement à la source dès le bulletin de solde de tout compte et peut temporairement vous faire basculer dans une tranche marginale d’imposition supérieure si le volume de jours indemnisés est très important.
Foire Aux Questions (FAQ)
🏖️ Que deviennent les jours de RTT non pris lors d’une rupture conventionnelle ?
Contrairement aux congés payés dont l’indemnisation est d’ordre public, le sort des RTT dépend de votre convention collective ou de l’accord d’entreprise sur l’aménagement du temps de travail. Si l’accord prévoit l’indemnisation des RTT non pris, ils sont payés sur le solde de tout compte ; dans le cas contraire, les jours non posés avant la date de départ sont définitivement perdus sans compensation.
🏥 Que se passe-t-il si le salarié tombe malade pendant ses congés avant la rupture ?
Si vous tombez malade avant le départ en congés payés validé, les congés sont reportés et devront être indemnisés sur le solde de tout compte si vous ne pouvez pas les prendre avant la fin du contrat. Si l’arrêt maladie survient pendant les congés, le salarié cumule les indemnités journalières de la Sécurité sociale (IJSS) avec son indemnité de congés payés sans prolongation automatique de la date de rupture du contrat.
📦 Peut-on placer ses congés payés non pris sur un Compte Épargne-Temps (CET) avant la rupture ?
Oui, si votre entreprise dispose d’un accord instaurant un CET. Vous pouvez y verser vos jours de congés dans les limites autorisées par l’accord d’entreprise. Lors de la rupture conventionnelle, les droits épargnés sur le CET sont soit liquidés sous forme d’indemnité financière sur le solde de tout compte, soit transférés vers le plan d’épargne d’un nouvel employeur si les accords collectifs le prévoient.









